Le 26 rue Sorbier, dans le 20e arrondissement de Paris, ne ressemble pas à une adresse ordinaire. Derrière cette façade de Ménilmontant se cache un bâtiment qui a traversé plusieurs vies, d’abord comme infrastructure technique du réseau téléphonique parisien, puis comme immeuble de bureaux, avant de devenir un lieu éphémère mêlant cuisine, musique et photographie sous le nom de PRINT.
Central téléphonique de Ménilmontant : l’histoire technique du 26 rue Sorbier
Avant d’accueillir des DJ sets et des expositions, le bâtiment du 26 rue Sorbier remplissait une fonction bien précise. Il s’agissait d’un central téléphonique géographique identifié sous le nom « Ménilmontant », rattaché au 20e arrondissement.
Concrètement, un central géographique servait de relais physique pour connecter les appels d’un quartier. Chaque zone de Paris disposait de son propre central, associé à un indicatif. Celui de Ménilmontant couvrait le secteur du 26 rue Sorbier et ses environs.
Avec la modernisation du réseau, ce central a été relié à l’indicatif Roquette après la fermeture du central du même nom, avant que l’ensemble soit transféré vers le central Voltaire. Cette cascade de regroupements a fini par rendre le bâtiment obsolète pour sa fonction d’origine.

La plupart des médias qui présentent l’adresse la décrivent comme un « ancien immeuble de bureaux abandonné ». Cette formulation efface un pan entier de l’histoire des télécommunications parisiennes. La mairie du 20e arrondissement a d’ailleurs récemment intégré le centre téléphonique de Ménilmontant dans son patrimoine local, le distinguant des simples immeubles tertiaires du quartier.
PRINT au 26 rue Sorbier : un lieu éphémère sur six étages à Ménilmontant
Depuis mars 2026, le bâtiment a pris une tout autre dimension. Le projet PRINT, porté par l’équipe de Cracki Records en collaboration avec le chef Alexis Bijaoui et Bureau Classico, occupe l’intégralité de l’immeuble détenu par Covivio.
Le concept est né aux Rencontres de la photo d’Arles l’été précédent. Pendant trois semaines, ces trois entités avaient fait cohabiter expositions photographiques, gastronomie et musique dans un même espace. Le succès de cette formule les a poussés à tenter l’expérience à Paris, sur une durée de trois mois, jusqu’en juin 2026.
Pourquoi cette adresse précisément ? Le choix du quartier de Belleville-Ménilmontant colle à l’ADN de Cracki Records. Un ancien central téléphonique vide de plusieurs étages, en plein cœur d’un quartier créatif, correspondait exactement à leur manière de travailler.
Ce que chaque étage propose
L’immeuble du 26 rue Sorbier ne fonctionne pas comme un lieu classique avec une entrée, une salle et une sortie. Chaque ancien open space a été reconverti en un espace distinct. Les visiteurs poussent des portes, empruntent des couloirs, montent d’un étage à l’autre sans parcours imposé.
L’offre se déploie sur plusieurs registres :
- Un restaurant panoramique dirigé par Alexis Bijaoui, installé dans les étages supérieurs du bâtiment, avec une vue dégagée sur les toits de Paris.
- Des galeries d’exposition photo et des salles de projection réparties sur plusieurs niveaux, avec une programmation qui évolue au fil des semaines.
- Un club au 4e étage géré par Cracki Records, complété par un bar caché et une pizzeria accessibles indépendamment du reste.
Cette répartition verticale transforme la visite en exploration. On ne vient pas au PRINT pour une seule raison, on y entre et on découvre au fur et à mesure.

Covivio et l’urbanisme transitoire : pourquoi ce type de lieu existe à Paris
Le 26 rue Sorbier n’est pas un squat artistique. Le bâtiment appartient à Covivio, un groupe immobilier européen, et l’immeuble est décrit comme « en cours de transformation ». PRINT occupe les lieux dans l’intervalle entre deux usages permanents.
Ce modèle porte un nom dans le jargon immobilier : l’urbanisme transitoire. L’idée est simple. Quand un bâtiment reste vide pendant des mois ou des années entre deux projets (rénovation, changement de destination), le propriétaire peut autoriser une occupation temporaire. Il évite les coûts de gardiennage et de dégradation, et le quartier gagne un lieu de vie au lieu d’un immeuble mort.
Pour un arrondissement comme le 20e, où la pression foncière coexiste avec des friches industrielles et tertiaires héritées du siècle dernier, ce type d’opération permet de tester des usages avant une transformation définitive. Le propriétaire observe ce qui fonctionne, le quartier en profite, et les occupants temporaires bénéficient de surfaces qu’ils ne pourraient jamais louer au prix du marché.
Ménilmontant et la rue Sorbier : un quartier en mutation permanente
La rue Sorbier s’inscrit dans un tissu urbain qui n’a jamais cessé de se transformer. Ménilmontant, ancien village rattaché à Paris en 1860, a longtemps conservé un caractère populaire et artisanal. Les centraux téléphoniques, les ateliers, les petites manufactures faisaient partie du paysage.
Depuis une vingtaine d’années, le quartier attire une scène créative de plus en plus visible. Des cafés de spécialité comme Plural Café se sont installés à quelques rues du 26 rue Sorbier, accompagnant une montée en gamme progressive du secteur.
PRINT s’ajoute à cette dynamique sans la résumer. Le lieu éphémère du 26 rue Sorbier cristallise une tension entre mémoire industrielle et renouveau culturel qui caractérise tout le secteur Belleville-Ménilmontant.

Le 26 rue Sorbier passera à autre chose après juin 2026. Le bâtiment retrouvera probablement une destination pérenne, bureaux ou logements. Ce qui restera, c’est le précédent : un ancien central téléphonique de Ménilmontant, oublié pendant des années, aura prouvé qu’un immeuble technique peut devenir un lieu culturel le temps d’une saison. Le quartier, lui, continue d’absorber ces transformations comme il l’a toujours fait.

